Johnny: opération "conforme aux règles de l'art", pas le suivi
30-09-2010
PARIS, 30 sept 2010 (AFP) - L'intervention réalisée par le chirurgien Stéphane Delajoux le 26 novembre 2009 sur Johnny Hallyday a été "conforme aux règles de l'art", contrairement au "suivi et à la surveillance postopératoire", selon l'expertise médicale rendue jeudi et consultée par l'AFP.
A l'heure où les avocats de Johnny et du Dr Delajoux défendent chacun une version différente, l'AFP a pu avoir accès à l'expertise diligentée par la justice. Selon les deux médecins, un infectiologue et un neurochirurgien, l'opération était "justifiée et conforme aux règles de l'art". "En revanche, le suivi et la surveillance postopératoires n'ont pas été conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science à l'époque des faits". Bizarrement, les experts n'ont pas tenu compte dans leur rapport des antécédents médicaux du chanteur, ni de son mode de vie dans les heures qui ont suivi l'opération. Ils rappellent que Johnny est opéré pour la première fois d'une hernie par le Dr Delajoux en octobre 2008. Mais les douleurs reviennent un an plus tard. Alors que sa tournée est interrompue pour deux mois, il décide de se faire traiter. Il entre à la clinique internationale du parc Monceau le 25 novembre, se fait opérer le 26 et ressort le 27 à 17H00, sans attendre la visite du Dr Delajoux prévue à 20H00. Deux jours plus tard, son pansement est trempé. Le 30 novembre, il retourne à la clinique où le Dr Delajoux réintervient pour stopper l'écoulement. Le 1er décembre, il prend l'avion pour Los Angeles où une infection conduira à son hospitalisation en urgence et à une nouvelle intervention. "Lors de la chirurgie (du 26 novembre), une brèche durale s'est produite", écrivent les experts. En d'autres termes, la dure-mère, une membrane des méninges qui entoure la moelle épinière, a été cassée, "provoquant une fuite du liquide céphalo-rachidien", qui a elle-même entraîné une infection. Lorsque, comme Johnny, on est opéré une troisième fois, une telle brèche est "un événement fréquent", qui "ne constitue pas une maladresse chirurgicale", notent les médecins. Le hic, c'est qu'en cas de brèche durale, "il est recommandé de garder le patient au repos au lit strict pendant 48 heures pour favoriser la cicatrisation", ce qui n'a pas été fait. Selon le rapport, "le fait de ne pas avoir prescrit (ce) repos (...) et d'avoir laissé le patient se lever le lendemain et sortir le surlendemain n'est pas conforme aux règles de l'art et a entraîné une perte de chance de voir la brèche se tarir que l'on peut estimer à 75%". Concrètement, le duo de médecins n'accuse pas le Dr Delajoux d'avoir failli, mais il lui reproche de n'avoir fourni "aucun document permettant de prouver que M. Smet (Johnny Hallyday) a été informé" correctement ou qu'il "quittait la clinique contre avis médical." Un manque d'information jugé "hautement regrettable". Selon les spécialistes, la sortie de Johnny "était prématurée. La fuite de liquide céphalo-rachidien constatée le 30 novembre aurait dû conduire (...) à une décision d'hospitalisation (...) et (...) au report du départ" du chanteur aux Etats-Unis. "A tout le moins, ajoutent-ils, il fallait fournir au patient, en prévision de son départ aux Etats-Unis, un document écrit (...) mentionnant l'intervention réalisée et la complication survenue." Quant au préjudice subi par le rockeur, il ne pourra être évalué qu'après consolidation de son état.