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La démission d’Hervé Gaymard vient clore dix jours de polémiques, de déclarations confuses, de justifications embarrassées. C’est le mardi 15 février que le Canard enchaîné révèle que le ministre de l’Économie loge avec sa famille dans un duplex de 600 mètres carrés dans le huitième arrondissement de Paris, dont le loyer mensuel de 14 000 euros est payé par l’État. Bercy réplique en affirmant que cette décision a été prise « conformément aux procédures en vigueur ».
Le lendemain, Hervé Gaymard annonce qu’il « renonce à occuper l’appartement de fonction ». Le premier ministre modifie les règles sur les logements de fonction des ministres : « La prise en charge par l’État ne pourra excéder une superficie de 80 mètres carrés, à laquelle pourra s’ajouter une superficie de 20 mètres carrés par enfant à charge. » Le jeudi, Hervé Gaymard déclare qu’il aurait « peut-être dû chercher lui-même l’appartement ». Il ajoute qu’il ne connaissait pas le montant du loyer. Le mercredi suivant, après de nouvelles révélations du Canard enchaîné, Hervé Gaymard annonce qu’il remboursera « personnellement tous les frais » liés à son occupation du duplex. Il précise qu’il est propriétaire d’un appartement à Paris « d’une surface de 200 mètres carrés », qu’il loue pour un montant « de 2 300 euros par mois ». Le cabinet du ministre et Matignon déclarent que sa démission « n’est pas du tout à l’ordre du jour ». Le lendemain, Paris-Match rapporte des propos du ministre déclarant que, s’il n’était pas le fils d’un cordonnier marchand de chaussures, il serait propriétaire de son logement. Dans cet entretien tenu avant les révélations de la veille, le ministre explique « ne pas avoir de fric ». Le couple Gaymard possède deux maisons en province et trois appartements, dont celui du boulevard Saint-Michel à Paris, et, à ce titre, a payé 2 106 euros d’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) en 2004, révèle Libération dans son édition à paraître vendredi. Jean-Pierre Raffarin souhaite que M. Gaymard « puisse s’expliquer complètement et rapidement ». Bercy annonce que le ministre s’expliquera avant la fin de la semaine. Vendredi, la démission du ministre est acceptée par Jean-Pierre Raffarin, et Jacques Chirac met fin aux fonctions d’Hervé Gaymard. Invité du 20 heures de TF1, l’ex-ministre de l’Économie déclare n’avoir « pas fait de crime, ni de délit », et juger disproportionnée la polémique autour de son appartement, tout en reconnaissant « des erreurs » dont il a « tiré les conséquences ».Dans une enquête du Journal du dimanche, 66 % des sondés trouvent « choquante » l’affaire Gaymard, 63 % la trouvent « sérieuse », 59 % l’estiment « exagérée par les médias » et 51 % « mineure ou secondaire ». 43 % considèrent que le gouvernement en sort « affaibli » et 50 % « ni affaibli ni renforcé ». Choquante, l’affaire révèle surtout l’incroyable fossé entre le pouvoir et les réalités vécues par la grande majorité de la population, à qui on demande en permanence de consentir des efforts et, comme le disait l’ex-ministre, de « se désintoxiquer de la dépense publique ». Il faut avoir totalement perdu contact avec la réalité pour penser qu’il est normal et conforme aux règles d’occuper un logement de fonction de 600 mètres carrés en se faisant payer par l’État un loyer mensuel équivalent à presque vingt SMIC annuels. Si ces dix jours de polémiques ont sérieusement perturbé la carrière d’un poulain de Chirac et quelque peu affaibli l’exécutif, ils n’auront certainement pas ébranlé la France. La nomination du très chiraquien Thierry Breton, déjà pressenti lors du remplacement de Nicolas Sarkozy à Bercy, ne bouleversera sans doute pas les équilibres et les orientations. Elle intervient à la veille de la campagne référendaire, des mobilisations sociales et lycéennes, alors que le chômage bat tous ses records. Réaliser des objectifs aussi contradictoires que de ramener le déficit au-dessous des 3 % du PIB, tout en baissant la fiscalité et en maintenant la paix sociale, relève de l’impossible… Et certains prétendent que Thierry Breton est justement expert en matière de missions désespérées. Source: Olivier Mayer - l'Humanité
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