|
Hier, au sortir de la 11e chambre du tribunal correctionnel de Bobigny, un sentiment de soulagement planait dans les airs. Après un long et tortueux combat judiciaire, les victimes de la bavure policière de la place du Caquet, à Saint-Denis, ont appris avec satisfaction la condamnation de deux des trois policiers qui les avaient frappés. Oh, le juge Olivier Géron n’a pas eu la main trop lourde. Distribuant de la prison avec sursis là où du ferme avait été requis. Mais l’essentiel est là. « Nous sommes enfin reconnus victimes et eux coupables, constate Juliette, une des plaignantes. On s’est battus depuis le début. On a eu gain de cause. »
Il aura fallu cinq ans et demi pour que justice se fasse. Tout remonte au 17 octobre 2001. Ce jour-là, une poignée de policiers arpentent le centre-ville de Saint-Denis à la recherche d’un voleur de portable. Sur la dalle qui surplombe le centre commercial, ils contrôlent tous azimuts. Le ton monte avec un jeune, pourtant mis hors de cause. Inquiets, des voisins et des parents s’approchent pour tenter de calmer l’atmosphère. Les fonctionnaires n’apprécient pas. Ils appellent aussitôt des renforts qui font preuve d’une invraisemblable agressivité. Coups de matraque, gifles, coups de pied… Pas moins de 33 policiers prendront part à ces interpellations musclées. Huit victimes, éberluées et bien amochées, se retrouvent finalement au poste. Parmi elles : une jeune fille enceinte, un prof d’histoire, une femme de ménage, une éducatrice, deux ados… Tous ressortiront avec une amende ubuesque pour « tapage injurieux ». Mais aussi l’envie de ne pas se laisser faire. Quatre plaintes pour « violences par personne dépositaire de la force publique » vont finir par aboutir. Le procès s’est tenu en novembre dernier. Après quatre reports successifs. « L’instruction a été difficile, souligne l’avocate des victimes, Aude Catala. Il y a toujours une certaine fébrilité de la justice lorsque des policiers sont mis en cause. » Au-delà des coups assénés par les trois fonctionnaires, qui nient tout, la procureure dénonce une intervention « disproportionnée » et « confuse ». Pour le moins : des pandores ont été jusqu’à se gazer entre eux ! Las, le juge Olivier Géron a tranché. Le policier Thierry Jean, trente-sept ans, a été reconnu coupable et a écopé de trois mois de prison avec sursis (le parquet souhaitait deux mois ferme). Aujourd’hui formateur au sein de la police, il devra payer, en outre, un total de 8 000 euros de dommages et intérêts à Lucas, mineur qui avait eu le nez cassé, et 6 000 euros à Juliette, en sus du remboursement de frais médicaux. Le policier Lucien Tel, cinquante ans, toujours en poste à Saint-Denis au grade de brigadier, a été condamné à un mois de sursis et 5 000 euros de dommages pour une gifle assénée à une mère de famille. En revanche, Sylvain Ghesquière, trente-trois ans, a été relaxé au bénéfice du doute. Les deux policiers condamnés n’ont pas encore précisé s’ils faisaient appel. Source : L’Humanité
|