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La défense les avait exhortés à ne pas rendre une décision "pour l'exemple". Elle a été entendue. En condamnant, vendredi 14 septembre, à sept ans de réclusion criminelle trois des anciens CRS poursuivis pour viols aggravés, Cédric Dussart, Romaric Leclercq et Yohann Mahé, en prononçant deux peines d'emprisonnement avec sursis et deux acquittements contre les quatre autres, accusés de complicité de ces viols, la cour d'assises de Paris et les jurés ont écarté le risque d'un verdict expiatoire contre sept hommes pour protéger l'institution policière.
Jusqu'au bout, ce procès a été celui de l'équilibre. Il s'était manifesté dans les réquisitions de l'avocat général, Philippe Bilger, qui, la veille, avait demandé des peines de huit à dix ans de prison contre les trois principaux accusés. CRS et violeurs, mais violeurs d'abord parce que CRS. "Ils étaient sans doute convaincus, parce qu'ils étaient policiers, qu'ils pouvaient tout se permettre", avait observé l'avocat général. Pendant les débats, il lui avait fallu aller tirer par la manche une hiérarchie policière aussi prompte à la stigmatisation de ces "brebis galeuses" qui avaient "sali leur uniforme" qu'à la dérobade sur son éventuelle responsabilité. "Ces faits ne supposent-ils pas une faute de commandement ?", s'était interrogé M. Bilger face à l'ancien commandant de la CRS 7, Serge Nicotra. "Très franchement, je ne le pense pas", avait-il répondu. A un avocat de la défense qui, évoquant d'autres dérives au sein de la CRS 7, lui demandait si cela lui inspirait une réflexion, le gradé avait dit : "Je ne comprends pas votre question." "La hiérarchie, ça ne peut pas être une excuse, mais elle a manqué aux accusés", avait souligné M. Bilger en relevant la "déliquescence de l'encadrement" de la CRS 7. De la consommation d'alcool dans les chambrées et pendant le service, des sorties hors de leur territoire d'affectation en uniforme et en fourgon, des rumeurs persistantes de passe-droits auprès des commerçants, les gradés cités comme témoins ont affirmé n'avoir rien su, rien vu. Tout juste, l'un d'eux, ex-chef de la 5e section, dont étaient membres les sept accusés, a-t-il eu cet aveu terrible : "Ça fait vingt-sept ans que je suis dans la police, et tout le monde sait qu'il y a un problème d'alcool dans la police." "Lorsqu'un corps se délite par le bas, c'est que le haut est déjà fortement atteint", avait conclu M. Bilger dans son réquisitoire. Cette phrase, l'avocate Françoise Cotta l'avait soigneusement notée. C'est avec elle qu'elle a ouvert sa plaidoirie en défense de Romaric Leclercq. Mais elle a suggéré de ne pas s'en satisfaire et de monter encore un peu plus haut. Et elle a lancé le gros mot de "politique" dans les débats. "La politique ne doit pas faire peur, elle ne doit pas être rejetée des prétoires. On ne peut pas juger des hommes sans se préoccuper de savoir sur quel terreau ils ont été élevés. Il ne faut pas être hypocrite et il faut chercher les raisons pour lesquelles un Romaric Leclercq peut dériver." A la cour et aux jurés, Me Cotta a rafraîchi la mémoire. "Souvenez-vous. Nous sommes en 2002-2003, dans la tourmente du débat sur la sécurité. Des discours tonitruants sont tenus à l'Assemblée nationale. Et le ministre de l'intérieur (Nicolas Sarkozy) vient dire que, tout de même, la prostitution et le racolage, ce n'est plus possible dans nos villes. Qu'il faut éloigner les mendiants, les SDF, sans oublier les gens du voyage. Qu'il faut considérer les prostituées comme des délinquantes. Cette année-là, en 2002, Romaric Leclercq est devenu gardien de la paix." Il est, comme les six autres, un de ces "garçons complexés qui choisissent de porter l'uniforme. Sans cet uniforme, il n'était rien, et il le savait. Cet uniforme, cette atmosphère glauque lui ont permis de croire qu'il pouvait se servir. Comme ils allaient aux pièces détachées gratuites chez les garagistes, aux sandwichs à tarif réduit chez les petits commerçants, ils sont allés se servir chez les prostituées !" Quatre ans se sont écoulés. Placés en détention provisoire, les trois principaux accusés ont été libérés au bout de six mois. Révoqués de la police, ils ont retrouvé du travail, leur compagne, et sont pères d'un ou deux enfants. "L'incarcération, pour eux, n'a aucune utilité, et vous le savez, a-t-elle lancé en dévisageant chacun des jurés. Les valeurs d'exemplarité, dans ces cas-là, n'ont aucun sens. C'est aux syndicats de police de s'en occuper. Pas à vous. Vous êtes là pour juger, pour bien juger." Source: Le Monde
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